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World3 Boardgame
Valentin Defaux
OPENING Friday 5TH FeBRUARY 2015 from 7PM
Open also on SATURDAY 6th from 3pm to 7pm
ROSA BRUX
RUE DE L’AUTONOMIE 9
ZELFBESTUURSSTRAAT 9
1070 BRUSSELS
–> 1ST FLOOR
À l’occasion du vernissage de l’exposition, un tournoi de World3 Boardgame se tiendra spécialement à Rosa Brux. Chaque visiteur·se de l’exposition est invité·e à participer.

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L’année 1968 est fréquemment associée à Mai 68. Si de Mai et des luttes contre la société de consommation ne subsistent cinquante ans après que quelques cols Mao oubliés dans les fonds de tiroir des Rotary Club, comme le souligne ironiquement Guy Hocquenghem , 68 évoque aussi la fondation d’un groupe de réflexion qui s’attela à cerner, sous un autre angle critique, les limites de la croissance économique : le Club de Rome.

De nos jours, s’il est presque banal d’observer que la prospérité économique des sociétés basées sur la croissance n’est plus soutenable, il n’en allait pas de même en 1972. Quatre ans après sa formation, le Club de Rome commande à une équipe de recherche du MIT formée par Dennis Meadows un rapport pour étudier la question. Ils·elle sont alors les précurseurs d’une conclusion forte et concrète sur la croissance matérielle perpétuelle : tôt ou tard elle conduira au déclin du monde qui nous entoure même si l’on reste très optimiste sur les capacités technologiques à venir .

l’approche critique de Valentin Defaux propose de mettre en perspective le système complexe de modélisation qui a permis les conclusions du rapport Meadows sous la forme d’un jeu de plateau. Dans le sillage de Guy Debord, qui en 1977 conçoit sa version du jeu Kriegsspiel en reproduisant l’ensemble des rapports stratégiques et tactiques de la guerre selon le traité du général Clausewitz, le World3 Boardgame de Defaux réunit l’ensemble des facteurs et des interactions qui caractérisent l’humanité sous forme de pièces manipulables : la population globale, le capital industriel, les ressources naturelles, etc.

Face aux diverses éventualités qu’ils·elles sont prêt·e·s à envisager, les participant·e·s décident d’une stratégie à adopter et placent leurs pions en conséquence. L’artiste présent au cours de la partie fait office de preneur de paris. ->

-> À titre d’exemple, si l’on opte pour la perpétuation de la croissance elle conduit à l’effondrement du niveau de vie en raison du manque de ressources naturelles. À l’inverse, si l’on postule que les ressources sont illimitées, c’est l’explosion de la pollution qui provoque pénurie des récoltes et la famine au sein de la population et ainsi de suite. L’issue du jeu est dépendante d’une analyse juste de la situation concrète dans laquelle sont placés les joueurs·ses. Avec une habileté brechtienne, Valentin Defaux fait en sorte que la prise de conscience des enjeux du rapport Meadows naisse, non d’un prêche ou d’un argumentaire, mais de l’acte de jouer lui-même.
Alors que le pronostic établi il y a près de cinq décennies par le rapport Meadows suit paisiblement son cap à la manière d’une tragédie classique , les dirigeant·e·s politiques se réclament de vivre pleinement la contradiction de notre temps en faisant des accords de régulation exigeants et systématiquement ajournés la condition de notre salut .

N’empêche : si la société actuelle n’est pas capable de créer rapidement les bases et les moyens de son développement soutenable, elle peut réunir par les rejets qu’elle suscitera dans un futur proche, les forces apte à la renverser. En commençant par les victimes directes du capitalisme-fossile comme c’est le cas dès à présent pour les « Pacific Climate Warriors » océaniens, les réfugié·e·s climatiques des pays du sud ou encore les précaires énergétiques . Et il y a fort à parier que si la tendance ne s’inverse pas d’ici peu, les lecteurs·trices de ce texte fassent partie des futur·e·s concerné·e·s.

Par le biais d’un jeu de plateau didactique, Valentin Defaux nous fait toucher du doigt un monde fini. En nous permettant de saisir de quoi il retourne au lieu de le subir, ce jeu contient la mesure qui convient le mieux à notre temps, celle de l’engagement.

Bodie : He’s a cold motherfucker.
Poot : It’s a cold world, Bodie.
Bodie : Thought you said it was getting warmer, man.
Poot : World going one way, people another.
Dialog between Preston « Bodie » Broadus and Malik « Poot » Carr, The Wire, EP.10 season 4